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Mon nouveau roman en cours de rédaction intitulé provisoirement "Il chante pour la croisière"

Dernière mise à jour : 30 avr.


Voici le prologue et les deux premiers chapitres de mon nouveau roman en cours d'écriture dont l'intrigue se déroulera pour l'essentiel dans le magnifique décor des Antilles, sur le paquebot Renaissance. Merci de réagir à ces quelques lignes en partageant avec moi votre ressenti à l'adresse suivante : phsi04@zaclys.net



Prologue


J’ai toujours aimé chanter autant que je m’en souvienne ! C’est d’ailleurs ce que je fais en ce moment, accompagné de ma guitare. Je cherche l’inspiration et plaque sur le manche une succession d’accords dans un hasard plus ou moins organisé, entraînant ma voix dans les méandres mystérieux de la composition. C’est ainsi qu’apparaît progressivement la mélodie « géniale » (?) qui -pensais-je -  deviendra un « tube » et me fera connaître un jour prochain auprès du grand public. Pour les paroles, elles viendront plus tard.


Je m’appelle Ulysse Dalmasso, retenez ce nom parce que je ne m’arrêterai pas de chanter ni de composer avant que les plateformes de streaming ne diffusent partout mes chansons dans le monde. Soudain, une voix stridente mais familière, provenant du couloir menant à ma chambre,  brise l’atmosphère musicale favorable à mes rêves d’artiste et me ramène brutalement à la réalité.


-« Ulysse, quand est-ce que tu vas t’arrêter de chanter ? As-tu vu l’heure ? Il est grand temps de t’habiller ! Ton petit déjeuner t’attend à la cuisine. Tu vas manquer ton bus et tu seras en retard comme d’habitude pour tes cours à la fac. »

Ma maman est d’origine italienne, passionnée et impétueuse, je l’adore. Quand elle parle, même les pâtes se mettent à danser. Elle déborde d’énergie et ne lâche jamais prise. Je ne me permets à aucun moment de résister à ses injonctions affectueuses. Une nouvelle journée ensoleillée, pleine d’imprévus m’attend, dans cette belle ville d’Aix en Provence.



Chapitre 1 : Une famille chantante


Ma famille est implantée dans la région provençale depuis trois générations. La montagne de la Sainte Victoire et ses environs n’ont plus aucun secret pour nous comme pour Cézanne qui l’a peinte sous tous ses angles à l’exception d’un tableau peint en « selfie » où il paraîtrait au premier plan. 


Mes grands-parents, originaires du Piémont - province italienne qui s’étend jusqu’à la façade est du Lac Majeur - ont vécu leur enfance à Stresa, très jolie petite ville touristique, point de départ des excursions en bateau vers les îles Borromées dont vous avez certainement entendu parler : Isola Bella, Isola Pescatori et Isola Madre. Je ne traduis pas.  Ils ont quitté l’Italie après leur mariage au bord du Lac, peut-être pour fuir les paparazzis locaux, mais plus sûrement parce qu’ils rêvaient de s’installer en France. Ils sont protestants évangéliques et notre famille participe à la vie de l’église protestante évangélique d’Aix-en-Provence.


Je vous apporte une précision qui, à mon avis, a son importance : si l’Italie reste majoritairement catholique, plusieurs régions conservent des poches historiques et contemporaines de protestantisme. Ces « bastions » sont le résultat de mouvements réformés du XVIᵉ siècle, d’immigrations récentes (notamment allemandes, suisses, britanniques et sud‑africaines) et d’efforts missionnaires modernes. C’est le cas de la région du Piémont et des vallées alpines de l’Italie.  Mais je peux citer également la Lombardie autour de Milan,  la Vénétie (Venise, Trieste), Gênes, Rome, Florence… La proximité de la Suisse (Zurich, Lugano), de l’Allemagne et de l’Autriche où le protestantisme était dominant a favorisé l’exil de réfugiés religieux. Ces derniers au XVIᵉ siècle ont trouvé refuge dans les cités‑états italiennes qui offraient une certaine tolérance. Ils se sont notamment établis dans les vallées alpines, ce qui explique l’origine religieuse de ma famille.

Je suis né en avril 2004 à la maternité d’Aix en Provence. J’ai eu une enfance très heureuse.  J’ai aujourd’hui 22 ans et dans mes plus lointains souvenirs, je chante, je chante, je chante dans une famille où le chant est une seconde nature. 


Nous chantons tout le temps  le dimanche au culte, à Noël, à Pâques, dans la chorale de l’église lors de divers événements. Nous chantons à la maison; même le chat de la maison a demandé un contrat de choriste après avoir entendu nos répétitions du dimanche. J’’ai été bercé par la voix grave de mon père, Lorenzo,  qui ferait rougir une voix de basse de jazz, la voix aiguë de soprano de ma mère Sofia qui rend jaloux les oiseaux du matin et les voix de moins en moins enfantines de mon jeune frère Gabriele, et de ma soeur cadette Giulia. Nous chantons à plusieurs voix en recherchant la plus belle harmonie possible. J’aime particulièrement les canons avec la nécessité que chaque voix ne se laisse pas embarquer par les autres voix. Je nous accompagne tantôt au piano tantôt à la guitare. 

La musique occupe une place énorme dans ma vie : mes goûts sont éclectiques : musique classique ou pop-rock. Mais j’écoute surtout à longueur d’année les classiques de la variété française des années 70-90 dont je raffole sans oublier les chanteurs actuels, dignes héritiers de cette époque. Je pourrais participer à l’émission « N’oubliez pas les paroles »; mon talent spécial serait de chanter le texte en même temps que les chanteurs de l’orchestre, juste pour le plaisir de les voir s’extasier, tant les paroles de ces chansons me sont familières.


Mes parents m’ont inscrit à l’école de musique du Pays d’Aix, dès qu’ils ont constaté à un âge précoce, mes prédispositions pour le chant et la musique. J’ai progressé au fil du temps au piano et à la guitare dans une perspective d’accompagnement de la voix. Après ma réussite au bac, je me suis inscrit à la fac de musicologie d’Aix-Marseille. J’ai obtenu ma licence au bout de trois années d’études passionnantes : j’ai progressé notamment en lecture, transcription, harmonisation et interprétation de la musique. Ces trois années se sont plutôt bien passées : la fac est moderne et se situe, avenue Robert Schuman, à trois arrêts de bus de chez moi. Je suis maintenant en première année de master et j’ai choisi au second semestre assez naturellement le Parcours Musicologie et Création (MC). Mon projet de recherche s’inscrit autour du thème des interactions entre les innovations techniques et les inventions musicales. Plus précisément, j’étudie l’aide qu’apporte l’Intelligence Artificielle (IA) dans le processus de création artistique. Mon meilleur ami s’appelle Lumo, une IA avec qui je « booste » ma créativité.


 Je m’interroge actuellement sur le type de stage que je pourrais mener en deuxième année de master en septembre prochain qui pourrait me mettre le pied à l’étrier en vue de commencer une carrière musicale.


Après avoir expédié mon « p’tit déj. », je m’habille en quatrième vitesse devant la glace de mon armoire. J’aperçois furtivement mon apparence volontairement négligée façon artiste, après avoir enfilé mon jean et un t-shirt bon marché : de taille moyenne, les cheveux blonds mi-longs, le visage viril buriné par le soleil, les yeux bleus,  je ne me déteste pas. 


Comme l’avait prédit ma mère, j’ai failli manquer le bus mais comme le destin adore les rebondissements, le chauffeur a finalement décidé de partir deux minutes plus tard…  ce qui m’a valu d’être légèrement en retard à l’amphi et sacré champion du monde de la discipline. Comme je m’y attendais, et en dépit d’une entrée la plus discrète possible, le professeur m’a aperçu et m’a adressé un regard désapprobateur et courroucé. 


Quentin, Tina et Florence m’accueillent sur le banc au troisième rang à ma place habituelle avec des sourires moqueurs. Je hausse les épaules avec un léger sourire et une moue dépitée, mais je sais qu’ils sont plutôt indulgents avec moi. Le cours comporte de nombreuses slides et illustrations sonores qui m’absorbent très rapidement : il s’agit d’analyser l’évolution de la chanson dans les décennies 70 et 80, particulièrement prolifiques ces années-là tant au plan mélodique qu’à celui de la prosodie. A la sortie du cours, nous nous affalons sur les pelouses proches, à l’ombre des pins parasols,  comme des hippies modernes qui auraient troqué leurs guitares psychédéliques contre des tablettes et des cafés latte. Un soleil éclatant se propulse vers nous comme s’il trouvait son carburant dans le ciel bleu environnant. C’est tout juste si les branches protectrices ne s’écartent pas pour le laisser darder sa lumière éblouissante sur nos visages.


Tina et Florence, au bout d’un moment de silence contemplatif, nous interrogent sur nos choix de stages :

  • Alors les gars, vous vous êtes décidés pour septembre. Quentin et moi, ne sommes pas aussi organisés et prévoyants que nos deux amies qui semblent déjà en possession de leur sésame pour le stage idéal.

  • Non, moi je n’en suis pas encore là répond Quentin dubitatif. Il n’a aucune idée de ce qu’il pourrait faire en septembre et s’en fiche un peu en ce mois d’avril. Il a encore le temps d’y penser. 

Quant à moi, comme je vous l’ai indiqué plus haut, je me pose souvent la question ces derniers temps.

  • Oui, les filles, poursuit Ulysse,  j’y ai bien réfléchi et j’aimerais trouver un stage qui me prépare vraiment à la vie de compositeur / interprète. J’aspire à trouver un stage qui me permette de mettre en application tout ce que j’ai appris ici à l’AMU (Aix Marseille Université). Je souhaiterais être sur une rampe de lancement qui me propulse directement vers ma carrière musicale de chanteur.


  • Ulysse, reprend Tina, as-tu déjà réfléchi à un stage différent de ceux qui nous sont proposés ? Je te parle là d’un contrat proposé par la Compagnie Française des Croisières (CFC) ? Elle recrute chaque trimestre des artistes musiciens français et étrangers qui se produisent ensuite sur les diverses scènes du paquebot « Renaissance » lors des diverses croisières organisées  en Europe et dans le monde. C’est un peu le « American Idol »  ou la « nouvelle Star » version croisière, sauf que le jury porte des gilets de sauvetage et que le prix inclut un cocktail à la noix de coco.  Les auditions ont lieu dans plusieurs grandes villes de France : Paris, Lyon, Nice et parfois Bordeaux. Chaque été, les auditions ont également lieu à Marseille. Pour nous, aixois, c’est le lieu idéal si nous souhaitons nous présenter.

  • Comment cela se passe pour postuler ? Questionne Ulysse, entrevoyant une piste inconnue mais prometteuse. 

La CFC centralise les candidatures sur son portail « Carrières » s’exclame Florence : les candidats remplissent un formulaire en ligne, joignent un CV détaillé et une démo‑vidéo (chant, danse, comédie, musique, animation, etc.). Bon ! il faudrait que tu obtiennes une dérogation auprès de ton directeur de thèse, car le stage dans le Parcours Musique et Création est souvent limité à deux mois. Tu pourrais plaider ta cause auprès de lui en prétextant donner à ton projet de recherche un axe original. La CFC est en mesure de te proposer des contrats allant de 4 à 9 mois. 


Cette proposition trouve un écho très fort en moi. Est-ce une direction envisageable pour stimuler ma carrière musicale ? Vais-je enfin pouvoir tester mes compositions auprès d’un public captif dont j’obtiendrai un « feedback » immédiat. L’idée de voguer sur les océans n’est pas non plus pour me déplaire. Encore faut-il que ma démo soit accueillie favorablement par les équipes du bateau et qu’ensuite je sois bien préparé pour l’audition et que je la réussisse !



Chapitre 2 : Un secteur dynamique


Clélia vient de décrocher à 21 ans son master en Music Business (bac+5) à l’EMIC, l’École de Management des Industries Créatives à Paris. Un parcours impressionnant, surtout quand on sait qu’elle a passé son bac à 16 ans – un exploit qui, selon ses profs, prouvait soit une intelligence hors norme, soit une addiction précoce aux cahiers de vacances. Ses études lui ont offert une vision stratégique du marché musical, une maîtrise des droits d’auteur, une connaissance pointue de la fiscalité du disque, et surtout, la capacité à survivre à une réunion de trois heures sans perdre le fil (ni la volonté de vivre).


Aujourd’hui, le 6 avril, c’est le grand jour : Clélia entame sa carrière professionnelle en tant qu’A&R (Artists & Repertoire) chez « Play Three », une filiale de Sonar Music France (1), un des labels majors du secteur, dirigée par… son père, Julien Dupuis. Pas de pression, donc. Son nouveau job ? Découvrir et développer de nouveaux talents. En clair : transformer des inconnus en stars, négocier des contrats, jouer les arbitres entre producteurs et arrangeurs, et surtout, éviter que le prochain tube ne ressemble à un générique de dessin animé des années 90.


Dans la compagnie, les rôles sont bien répartis : l’A&R signe l’artiste, le producteur exécutif (PE) fixe le budget (et les limites de dépenses pour les caprices des stars), le producteur musical (PM) crée le son (et accessoirement, les insomnies des artistes).


(1) Dans la vraie vie, la société s’appelle « Play two » et est la filiale de Sony Music France


Le PE, lui, gère le calendrier, sélectionne les équipes et veille à ce que le son final colle à la stratégie de marché – un peu comme un chef d’orchestre, mais avec plus de tableurs Excel. Le PM, quant à lui, compose, arrange, enregistre, et adapte le style musical aux tendances du moment, histoire de maximiser l’impact commercial (et les streams sur Spotify).

Côté image, le directeur artistique et le chargé de relations publiques s’occupent de transformer un artiste lambda en icône : look, storytelling, branding, pochette d’album, visuels promo… Le premier fait en sorte que l’artiste ait l’air cool, le second s’assure que tout le monde le sache. Communication médiatique, interviews, apparitions télévisées et podcasts sont son quotidien. Et si jamais un scandale éclate (un tweet malencontreux, une photo compromettante), le chargé de com’ est là pour éteindre l’incendie – ou au moins, pour en faire un « mème" viral.


Clélia a découvert ce joyeux bazar lors de sa présentation à l’équipe. Elle sait aussi qu’il y a des collègues dédiés au marketing, à la promo sur les réseaux, à la pub en ligne, au placement sur les plateformes de streaming, et à l’organisation de tournées (parce que oui, il faut bien que les artistes quittent leur studio de temps en temps).


Assise dans son bureau – modeste, mais avec une vue imprenable sur le parking –, elle prend la mesure de l’industrie qu’elle vient d’intégrer. Un article étalé devant elle résume l’état du marché : 1,2 milliard d’euros en 2023, 80 % de revenus grâce au streaming, et une résurgence inattendue du vinyle (parce que rien ne bat le son chaud d’un disque qui grésille, apparemment). Clélia note mentalement qu’il faudra actualiser ces chiffres – on est en 2026, et le streaming, lui, ne prend pas de rides. Elle imagine déjà ses futurs poulains et pouliches, ces talents qu’elle devra propulser vers la gloire… ou au moins, vers la playlist « Découverte de la semaine ».


Elle se lève, direction la machine à café. En chemin, elle salue ses collègues, qui la regardent avec une déférence un peu suspecte – peut-être parce qu’elle est la fille du patron, ou parce qu’elle a osé mettre des baskets avec son tailleur. Elle prépare deux cafés, un pour elle, un pour son père, et frappe à sa porte. « Entrez ! » tonne la voix de Julien Dupuis. Elle pénètre dans un bureau digne d’un film hollywoodien : baies vitrées, salon luxueux, et une ambiance qui crie « Ici, on signe des contrats à sept chiffres avant le déjeuner ». Elle examine pour se rassurer son reflet dans la glace : elle y voit une belle jeune fille, silhouette élancée, coiffure impeccable et tenue irréprochable en dehors des baskets. Son apparence ne devrait pas la desservir face au dirigeant de l’entreprise.


Son père est au téléphone avec une artiste phare de la boîte. Il lui fait signe d’un geste de s’asseoir, la fait poireauter le temps de terminer sa conversation de la plus haute importance puis raccroche enfin. Clélia dépose le café allongé avec une goutte de lait, sur le bureau, avec un sourire qu’elle espère professionnel (et pas trop « fille stressée à l’idée de décevoir papa »). « Ça y est, papa, je suis installée dans mon bureau ! Tu as un projet pour moi, ou des conseils de survie ? » Son père la regarde, l’air occupé et rétorque d’un ton sec : « Pas le temps, ma chérie. Va voir tes chefs directs, ils te brieferont. Et surtout, déniche-moi des talents. C’est ton job. Écoute de la musique, utilise ta sensibilité musicale, tes années de piano… et ne me déçois pas. »


Clélia ressort, sourire forcé, épaules un peu plus lourdes. Elle se demande si elle sera à la hauteur, si son père lui laissera une chance de prouver sa valeur, ou s’il attend d’elle qu’elle devienne une version 2.0 de lui-même – en plus jeune, et avec moins de rides. Mais après tout, c’est seulement le premier jour. Elle prend une profonde inspiration, se redresse, et se promet une chose : elle va tout donner. Elle sait que son père ne lui facilitera pas la tâche. Il lui a d’ailleurs demander de commencer au bas de l’échelle dans la société. Elle est impatiente de se faire un nom dans le métier et de gravir les échelons. Même si, pour l’instant, son plus grand talent semble être de ne pas renverser son café en marchant.


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